04 janvier 2008

A la soupe !

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Le 14 décembre 1999, après des tentatives infructueuses de remorquage, l’Erika sombrait au large des cotes françaises, déversant sa cargaison au large de la Loire Atlantique.
400 kilomètres de cotes polluées, un génocide de la faune et de la flore environnante. Et bien plus encore dans quelques années….

Le 18 janvier prochain, soit presque 9 ans plus tard, la justice devrait enfin rendre son verdict sur la responsabilité , entre autres, de la société Total , affréteur et donneur d’ordre, renvoyé sur le banc des accusés pour « pollution maritime » mais également , grâce à la juge d’instruction Dominique de Talancé, pour « complicité de mise en danger de la vie d’autrui », charge que n’avait pas retenue le Parquet de Paris dans ses réquisitions.

On nous dira donc, entre autres, si la société Total est coupable d’avoir affrété un navire poubelle qu’elle avait déjà plusieurs fois utilisé dans le passé et dont elle savait qu’il figurait sur les listes noires comme impropre à la navigation.
Vu le cout modeste de sa location, dû à son état de délabrement avancé, elle a accepté de courir un risque. Pas le sien. Le nôtre. Le risque de déverser sa merde gluante au large de nos cotes et de nous empoisonner.

On nous dira peut être si le capitaine , après avoir lancé un appel de détresse qu’il a annulé pour se dérouter, a contrevenu aux règles maritimes pour n’obéir qu’à un donneur d’ordre : Total .

On ne nous dira malheureusement pas quelle était la vraie nature de la cargaison de l’Erika….

Total l’a juré, craché , promis, c’était du fioul numéro 2.

C’est sur cette information qu’a d’ailleurs été mis en place à l’époque le plan Polmar, destiné à éviter la pollution du littoral , plan mis en échec par la nature même du produit , qui contre toute attente, a bousillé tous les matériels utilisés… Rien que ça, c’était déjà louche…

Alors une marée humaine composée de milliers de bénévoles s’est acharnée à partie de Noel 99 et ce durant plusieurs mois, à ramasser avec moults seaux, cet amalgame à la fois solide et visqueux qui se découpait à grand coups de pelles. Parfois à mains nues….
Et les oiseaux échoués, qui continuaient de crever, même après avoir été nettoyés. Plus on les soignait, moins ils étaient en bonne santé. Rien que ça, c’était déjà louche…

13 jours après le naufrage, Madame Voynet, alors Ministre de l’environnement, déclarait dans les médias : « Je ne suis pas encore complètement certaine qu’il s’agisse d’une catastrophe écologique ».

Le lendemain, léger revirement, elle ajoutait qu’il s’agissait d’une catastrophe écologique de grande ampleur mais que ce n’était « pas la catastrophe écologique du siècle » …. Rien que ça, c’était déjà louche….


Fin janvier 2000, un laboratoire privé et indépendant, ce dernier mot mérite d’être souligné, indiquait que la substance qui se déversait sur les plages contenait un DIS, déchet industriel spécial, toxique et cancérigène. Selon ses conclusions, le fioul comportait un additif non autorisé.
Total niait en bloc et commandait illico presto une nouvelle analyse à un labo qui faisait 50% de son chiffre d’affaire avec la compagnie. Analyse, qui, ô surprise, lui donnait raison….Rien que ça, c’était déjà louche…
L’Etat confirmait via les organismes de contrôle placés sous sa tutelle....

Le 3 février 2000, Monsieur Jospin en personne déclarait même à l’Assemblée Nationale que le fioul déversé était peu toxique et certainement pas cancérigène et ce malgré les contestations d’Henri Pezerat, l’homme qui a mis à jour le scandale de l’amiante . Rien que ça, c’était déjà louche….


Et pourtant… L’état connaissait manifestement les risques depuis le départ…
Du moins si l’on en croit la compagnie Total elle-même, qui tentant de lâcher des propos rassurants et responsables, a indiqué que dès le lendemain du naufrage elle avait fourni aux autorités la fiche de sécurité de son « fioul N° 2 » .

Fiche qui mentionnait clairement en première page « ce produit peut causer le cancer et ne doit pas être rejeté dans l’environnement » … Consignes vestimentaires strictes de rigueur……Et on ne parle que du fioul numéro 2…


Alors que penser de la position des pouvoirs publics qui assuraient officiellement à l’époque qu’en la matière il y avait une « absence d’excès de risque » , un risque « négligeable » ? Vertiges, évanouissements, plaques rouges, brulures, peau qui s’en va, les bénévoles trinquaient pourtant…. A mains nues, avec de pauvres gants mapa et des protections improvisées… Qui ne les a pas prévenus ?


Interrogée en janvier 2007, en pleine campagne présidentielle, la même Madame VOYNET tente de balbutier des explications cohérentes : son Ministère n’avait aucun moyen… responsabilités émiettées….elle était toute seule….les autres n’ont rien fait…la fiche de sécurité, ben elle se souvient pas si c’était marqué cancérigène….car , dit elle, « je ne l’ai pas apprise par cœur » . Rien que ça, c’était déjà louche….

La même s’empressant d’ajouter au cas où on aurait pigé qu’elle tentait de couper les cheveux en 4 : « Je suis médecin, je ne joue pas avec la santé » …. Elle assure avoir envoyé des consignes de sécurité chaque jour, vers les mairies, les journaux… C’est bizarre, les bénévoles n’ont rien reçu… Ah oui mais c’était des consignes sur les précautions à prendre , pas sur les risques encourus…. J'ai déja, là, la vague impression qu'on nous prend vraiment pour des cons.... Et c'est pas fini... C'est là que ça fait peur....

Enfin, pour finir, ce n’est pas la fiche de sécurité de Total qu’elle avait reçu, mais celle de la Ddass.. Allons bon…. Et puis lorsque l’Etat a conclu une convention avec Total pour les opérations de pompage au large pour récupérer ce qui fuyait encore de l’Erika, elle n’aurait pas eu de réponses à ses questions…

En gros, on ne comprend qu’une chose : On lui a demandé de fermer sa gueule et c’est ce qu’elle a fait . Surement parce qu’elle était en poste au gouvernement, qu’elle esperait peut être une meilleure place à l’avenir…

Alors, Voynet, Total potiche ?

Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que les résultats définitifs et indépendants des analyses de la cargaison rejetée par l’Erika concluent à la présence de DIS, hautement toxiques et cancérigènes.

Une substance qui mute l’ADN humain et fait proliférer les cellules cancéreuses.

Ca commence lentement…Une augmentation des cancers dans les zones exposées….

Et d’ici quelques années, les bénévoles qui se sont sacrifiés sur les plages ,tels les GI’s débarquant sur les plages de Normandie pour sauver la France, verront leurs cellules malignes se multiplier.

Et personne ne payera pour cela, ni Total, ni l'Etat.... Risque négligeable ?

Mais pourquoi ne pas l’avoir dit dès le début ?

Mais parce que ça coute beaucoup plus cher de traiter ces déchets de façon officielle que de les transporter en douce vers un pays moins regardant en la matière : Total économie !

Parce que transporter des DIS en douce c’est Totalement interdit !
Parce que le dire, c’était admettre une attitude irresponsable qui aurait peut être conduit à un total effondrement des cours de la bourse, à des demandes de dommages et intérêts largement supérieurs à ce qui est demandé actuellement par les parties civiles…. La ruine totale…..

Mais pourquoi l’Etat n’a rien dit ?
Et pourquoi la Justice n’a pas poursuivi, sur ce thème du moins ?

Bah vous savez, y’avait déjà l’affaire Elf … Un très très gros dossier. Beaucoup de papier….

Puis ensuite les mises en examen successives qui se sont multipliées au sujet des autres activités illicites de Total, activités mettant aussi (et toujours ) en cause des personnalités politiques.

Beaucoup de papier. Ca n’a pas arrangé la déforestation…

Alors fallait bien faire un petit effort d’un autre coté....

Le risque de la santé est donc sans aucun doute « négligeable » au regard des intérêts politiques et financiers….

Ces mêmes intérêts qui font que Total a exercé , par exemple, des pressions énormes sur les inventeurs, chercheurs qui ont voulu breveter des moteurs à énergies alternatives (menaces, pressions à caractère économique, rachat des brevets pour les enterrer) .

Et oui… Si demain la population comprend qu’elle peut très bien rouler à moindre cout et sans polluer, ca sera un total bénéfice pour elle et son environnement. Mais aussi un total sacrifice pour les bénéfices de la société…

Surtout que Total envisage de sévir bientôt dans le nucléaire. Dans 10 ans , les hydrocarbures seront plus difficiles d’accès et plus couteux à extraire ….Et les énergies alternatives sont « négligeables »… Sans doute pas assez porteuses de bénéfices…Mais qui vous parle d’intérêt général ?

Les mêmes intérêts qui font que cette compagnie est accusée de soutenir la junte en Birmanie , pays certes Total-itariste, pour mener à bien ses projets , cautionnant tortures, déportations, exécutions , viols , qui permettent à son gazoduc d’avancer. Mais qui vous parle des droits de l’Homme ?

Et encore , je vous évite la totale : oublions la catastrophe de l’usine chimique AZF, le soutient au régime en Irak, le Cameroun, etcetera….

Pour en savoir plus, quelques liens ci-dessous, dont le très intéressant reportage diffusé par le magazine « Pièces à Conviction « sur la 3 au sujet de l’Erika…

Pièces à conviction

Un résumé général sur Wikipédia

Le rapport remis au gouvernement début 2000
 

Le rapport de la Fidh sur le cas Birman 


Edifiant….
 
Et c’est bien cela qui me fait gerber. Les sociétés tentaculaires de ce type ont en définitive un droit sur tout et sur tous, elles contrôlent en sous main les marchés , les décisions politiques et , un jour sans doute, nous diront aussi quelle est la meilleure façon de chier.

Alors moi, quand je vais chez Total, je n’y vais jamais par hasard…..

Je ne m’y arrête pas pour prendre de l’essence….Juste pour prendre une soupe… au distributeur….

Et, à chaque fois, celui-ci me résume la politique de cette compagnie, me rappelle ses affaires passées et présentes et le crédit qu’elle a aujourd’hui à mes yeux.

Et j’y vois, quelque part , le signe d’un acte militant de la machine qui, telle une pythie, me laisse entrevoir le futur de cette compagnie si moi et mes semblables nous persistons ainsi dans notre engagement : un jour, c’est sûr, elle boira le bouillon…..